Les chauve-souris en Amérique du Sud.

LES CHIROPTERES DE GUYANE (généralités) :

Sur les plus de 188 espèces de mammifères sauvages actuellement recensées en Guyane, plus de la moitié (101) sont des chauves souris. Elles ne dépassent pas 150 grammes pour la plus grosse qui est une carnivore (Vampyrum spectrum) et 80 grammes pour la plus grosse frugivore (Artibeus lituratus). Parmi ces mammifères volants, certaines espèces sont extrêmement spécialisées que ce soit à travers leur régime alimentaire et/ou certaines adaptations morphologiques. C’est ainsi que dans le département nous avons deux espèces de vampire sur les trois seules espèces existantes et toutes situées en amérique tropicale.

-Desmodus rotundus qui se rencontre facilement autour des troupeaux de bovins dont il lape le sang après lui avoir infligé une morsure.

-Desmodus youngi qui lui est spécialisé dans l’exploitation du sang des oiseaux. Facilement capturé autour de poulaillers dans lesquels il sévit, on ignore tout des espèces sauvages qu’il exploite.

Autres exemples, les Glossophaginés, spécialisés dans la récolte de pollen et de nectar, ont une anatomie en relation avec leur régime. Ainsi le museau s’est allongé pour pénétrer dans les fleurs. La langue est, elle aussi, modifiée pour faciliter la récolte en formant une sorte de brosse. Par ailleurs la feuille nasale, les dents et les oreilles ont réduit en taille.

 

Toutes les espèces présentes sur le département ne sont pas réparties géographiquement de façon homogène et dans les mêmes effectifs. Trente sont représentées par seulement 1 à 5 individus sur les 15000 captures examinées en Guyane. Ces chiroptères rares pourraient être présents partout en petit nombre ou localisés dans des zones particulières ne facilitant pas leur découverte.

 

Répondant à trois critères (la hauteur de la strate utilisée, le régime alimentaire et les modalités de prise alimentaire), l’ensemble des chauves-souris guyanaises peut être classé en sous-groupes appelés guildes1. Les espèces d’une guilde sont susceptibles de rentrer en compétition les unes avec les autres (Kalko, 1998). Constituées d’espèces dominantes relativement communes et d’autres espèces moins fréquentes, voir rares, on rencontre des guildes bien étudiées comme celle des frugivores et d’autres moins connues comme celles des insectivores de canopée.

Les guildes actuellement établies sont : -les frugivores de sous-bois

-les frugivores de canopée

-les nectarivores

-les carnivores

-les sanguinivores

-les insectivores de sous-bois

-les insectivores de canopée

-les insectivores de plein ciel

 

De la canopée au sous-bois, de la savane à la forêt secondaire, d’une zone urbaine à la forêt primaire, chaque grande division écologique est donc accompagnée d’un peuplement de chauves-souris, spécifique, à l’intérieur duquel certaines espèces sont dominantes. C’est le cas par exemple de Carollia perspicillata, très commune en forêt secondaire et qui est très bien adaptée pour exploiter différentes Piperacées ou Solanacées. Ces deux familles de plantes très présentes en milieux secondarisés constituent un garde-manger idéal à condition que soit également présent sur la même zone de quoi gîter. Ainsi une étude sur la piste de St Elie montre une augmentation nette de la population de C. perspicillata à l’intérieur d’une zone déboisée volontairement. La végétation recolonisant cette coupe a provoqué l’installation de colonies qui, pour gîter, ont utilisé notamment les buses posées lors de la construction de la piste (Cosson, 1999).

 

La présence de chauves-souris frugivores tient un rôle essentiel dans la régénération forestière. Contrairement aux régions tempérées où les plantes sont essentiellement fécondées par les insectes et le vent, en milieu tropical une coévolution plantes-vertébrés s’est mise en place (oiseaux, chauves-souris). Les chiroptères, participant pour une part importante dans la fécondation (c’est le cas d’Anoura geoffroyi par exemple) sont aussi de grands disséminateurs de graines à travers les déjections qu’ils réalisent en vol ou au gîte. Ces graines sont issues de fruits spécialement adaptés aux modes d’alimentation des chiroptères. Ne changeant pas de couleur en mûrissant mais dégageant une forte odeur, ils sont rapidement détectés à l’odorat. De plus, leur position érigée ou pendante rend possible la cueillette en vol (Cooper et al., 1986 ; Charles-Dominique, 1986, 1991, 1993 ; Charles-Dominique & Cockle, 2001 ; Cooper, Charles-Dominique & Viénot, 1986). Ces fruits chiroptèrochores ont des teneurs en éléments nutritifs assez faibles, ce qui force les chauves-souris frugivores à réaliser plusieurs repas par nuit (30 à 40 pour les Carollia et les Artibeus) représentant jusqu’à deux fois leur propre poids. Pour réaliser cet exploit, elles ont un transit intestinal très court, ce qui limite une accumulation trop importante de nourriture dans l’appareil digestif (Fleming, 1986 ; Charles-Dominique, 1986, 1991 ; Cockle 1997). Ces espèces défèquant très régulièrement, elles ensemencent ainsi les milieux qu’elles survolent des essences qu’elles ont consommées. Il a été calculé qu’un Artibeus, qui se nourrit de Cécropia obtusa (« bois canon ») peut ingérer entre 5000 et 25000 graines par nuit(Charles-Dominique, Brosset, 2001).

 

1 Ensemble d’espèces, voisines sur le plan systématique, exploitant de la même manière une catégorie de ressources au sein d’un écosystème donné.

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